Portrait extrait du podcast L’averse, disponible sur les plateformes de streaming

Dyani Doe est une jeune femme de 22 ans. Si elle se cache sous ce pseudo, c’est parce qu’elle est TDS, travailleuse du sexe. A l’âge de 18 ans, Dyani Doe devient escort girl puis cam girl et étend son activité à de la création de contenu érotico-pornographique et de la vente de sous-vêtements.
Il y a seulement deux mois, elle se lance sur le nouveau réseau social en plein essor depuis le confinement : Onlyfans. La plateforme qui compte aujourd’hui plus de 24 millions d’inscrits dans le monde a vu monter en avril son nombre d’inscriptions d’environ 200 000 utilisateurs toutes les 24 heures.​​​​​​​
“Onlyfans, c’est une plateforme d’hébergement de photos et vidéos qui sont accessibles sur abonnement. La majorité du temps, c’est du contenu érotico-sensuel jusqu’à porno-explicite, mais pas uniquement. C’est à dire qu’il y a des gens qui vont l’utiliser d’une façon pas du tout nécessairement sexuelle. Des personnes l’utilisent pour partager leur vie de manière un plus plus intimes avec leur communauté. Moi, j’y poste des photos et des vidéos. En général, ça va du sensuel érotique à du porno soft. J’y poste aussi des vidéos de pole dance, des photos de lingerie, des photos et vidéos avec des partenaires.”
Pour Dyani Doe, c’est le moyen d’obtenir une rentrée d’argent supplémentaire en parallèle de ses autres activités. Si elle veut gagner en visibilité sur Onlyfans, c’est surtout sur des réseaux plus classiques, comme Instagram et Twitter, qu’elle doit créer une véritable communauté de clients et clientes fidèles qui la suivent et l’encouragent pour lui apporter des revenus réguliers.
“Vu que les abonnements tournent, qu’il y a des personnes qui vont s’abonner au mois, d’autres plus longtemps, en moyenne je tourne autour de 30 personnes qui ont accès à mon contenu, donc 30 abonnés. Et depuis que j’ai ce compte, j’ai gagné environ 280€.”
Chaque jour, elle poste du contenu sur ses réseaux sociaux afin de créer une réelle interaction avec ses clients. Au travers de textes et de photographies sur lesquelles son visage n’apparaît pas, elle met à nu sa vie, son passé, ses angoisses et ses expériences. Même si son compagnon et la majorité de ses amis sont au courant de son activité de travailleuse du sexe, elle fait en sorte qu’on la reconnaisse le moins possible sur les réseaux sociaux.
“J’ai peur que ça cause du tort à ma vie professionnelle, énormément. C’est pour ça que j’essaie de garder une part d’anonymat et que je fais le plus attention possible. Mais c’est toujours difficile parce que c’est aussi en se montrant un minimum qu’on a plus de visibilité et qu’on a plus d’argent aussi. Il faut savoir trouver cet équilibre-là entre sécurité et liberté financière.”
Malgré les affirmations de la plateforme Onlyfans, le site semble ne pas être aussi sécurisé que prévu. Des centaines de personnes retrouvent leurs images en libre accès sur internet et sur des sites pornographiques.
“Ce n’est jamais sécurisé à 100%. N’importe qui peut faire une capture d’écran et rogner la photo. Il faut en être conscient. J’ai peur que mes photos et mes vidéos leakent, ça m’est déjà arrivé et c’est un risque dont il faut avoir conscience et qu’il faut accepter. Il faut y être préparé parce qu’un jour ou l’autre personne n’est protégé de cette possibilité là.”
Sur les réseaux sociaux et sur Onlyfans, le déferlement de haine et de menaces envers les personnes proposant du contenu érotique ne cesse d’augmenter. Et Dyani fait partie de ceux qui continuent de publier malgré ce harcèlement.
“Je suis confrontée à des messages de haine qui prennent racine dans la mysogynie et aussi dans la putophobie, le slutshaming. Parce que dans nos sociétés, qu’une femme prenne les rênes de sa sexualité, c’est déjà quelque chose de tabou et de mal vu. Et en plus pour se faire de l’argent avec, c’est d’autant plus scandaleux. Au final, notre société laisse très peu de place aux femmes pour qu’elles s’approprient leur sexualité, dans un cadre non tarifé déjà, et encore moins pour en tirer un bénéfice financier. C’est d’autant plus mal vu, c’est d’autant moins toléré.”
En tant que travailleuse du sexe, et en tant que femme, Dyani Doe est une militante féministe. Son projet : diversifier et révolutionner les contenus érotiques et pornographiques afin de modifier les rapports sociaux actuels.
“Plus de visibilité, ça veut dire plus d’argent, mais aussi plus de visibilité pour mon contenu militant. Je pense que c’est plus stratégique et plus efficace d’utiliser ces outils-là, ces plateformes d’influences sociales que sont onlyfans, le porno en général et de les utiliser dans notre intérêt, de les utiliser comme plateforme de changement social que juste se contenter de les interdire. Et moi-même à mon échelle, c’est quelque chose que j’essaie d’entamer en montrant mes poils, en laissant mon acnée, en parlant de ces sujets là et en essayant de faire prendre conscience à ma communauté de tous ces enjeux là.”
Le nombre de créateurs de contenu sur Onlyfans explose : on parle même d’ubérisation du travail du sexe. Et ce qui inquiète, c’est le nombre de jeunes, et principalement de jeunes femmes qui publient sur cette plateforme sans prendre conscience de ses réels dangers. De plus, sur une plateforme où l’on peut parfois gagner entre 1000 et 5000 euros par mois en postant des photographies, on pourrait se demander si le nombre d’inscrits ne risque pas encore d’augmenter face à l’extrême pauvreté qui touchera plus de 150 millions de personnes dans le monde d’ici fin 2021. Il reste alors à voir comment cette nouvelle plateforme va se développer et peut être permettre aux créateurs de contenus comme Dyani d’améliorer l’image de la sexualité.

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