Depuis que Donald Trump a remporté les élections à la présidence américaine en 2016, ses idées nationalistes, misogynes et racistes ne cessent de faire débat. Le milliardaire républicain de 72 ans mène une politique traditionnelle et conservatrice sujette à des polémiques constantes au sein de son propre pays. Pour lutter contre les pratiques discriminantes et parfois inhumaines du gouvernement, d’autres partis comme les socialistes démocrates multiplient les manifestations.
Parmi eux il y a Monique, 19 ans, étudiante américaine en échange aux Pays-Bas à La Haye. Aux Etats-Unis, elle suit une licence de Sciences Politiques et Sociologie, filière qu’elle qualifie d’impopulaire dans son université. Depuis plus de deux ans, elle est engagée activement dans l’organisation nationale “Democratic Socialist of America” (les Socialistes Démocrates des Etats-Unis).
Un point bleu dans un état rouge
Monique vit à Fresno, en Californie Centrale, à mi-chemin entre San Francisco et Los Angeles. Cet endroit, c’est “le point bleu dans un état rouge”. La culture rurale et agricole, encore très traditionnelle, encourage les habitants à rester sur leurs positions conservatrices. Par conséquent, le centre de la Californie compte un grand nombre de membres du Ku Klux Klan, de skinheads néonazis et de supporters de Donald Trump.
Monique vit dans une famille républicaine : un contraste avec ses actions politiques. Son père est chrétien, supporter de Donald Trump. Son frère a aussi des idées très à droite. Et pourtant sa mère est hispanique. Le mariage de ses parents a été la conséquence d’une grossesse non prévue, entraînant le rejet de sa mère par sa propre communauté. On ne se marie pas avec un blanc, républicain de surcroît !
Depuis qu’elle a soufflé ses 8 bougies, des débats politiques constants agitent la maison. La gauche contre la droite, le socialisme contre le capitalisme. Monique est sensible aux idées de Bernie Sanders et tente en vain de raisonner ses proches. Son père, bien que partisan du gouvernement en place, la laisse pourtant s’émanciper et se rendre aux manifestations socialistes.
Dès son entrée au DSA, Monique lutte contre de nombreuses décisions politiques. En 2018, la plus grosse campagne de l’organisation a été “Medicare for all”, pour lutter contre les assurances privées ne permettant pas un accès gratuit aux soins aux Etats-Unis. Des actions comme “College for all” pour donner un accès gratuit aux universités et “Abolish ICE” (Immigration and Customs Enforcement) pour lutter contre l’enfermement des migrants aux frontières ont aussi été lancées.
Un engagement à toutes les échelles
Au niveau local, les activistes socialistes surveillent les actions du Conseil de la ville. Par exemple, ce dernier a voté il y a quelques mois une loi interdisant aux habitants le don de nourriture ou de vêtements à des sans domiciles dans la rue. Des manifestations pour lutter contre cet amendement ont ainsi été organisées.
Par son engagement important en politique, Monique a déjà vécu certaines mauvaises situations. Lors de notre échange, elle raconte son retour d’une manifestation, l’été dernier.
“Quand tu as l’habitude de faire ce genre de manifestation, tu sais qu’il ne faut jamais rentrer directement chez toi, de peur d’être suivie. Ce jour-là, je me suis rendue compte qu’une voiture blanche me suivait depuis le parking. J’ai été prise de panique. J’ai appelé mon amie qui était aussi à la manifestation pour la mettre au courant. Elle aussi, au même moment était en train d’essayer de semer quelqu’un. C’étaient des skinheads néonazis. Ils sont fréquemment présents lors d’événements anti-Trump. En général, ils essaient de trouver ton adresse ou lieu de travail pour te nuire ensuite. Ils diffusent de fausses rumeurs vers tes collègues ou tes proches, récupèrent des informations privées qu’ils publient. La peur de ma vie, j’ai fini par échapper à cette voiture au bout d’une heure.”
Dans cette région californienne, les socialistes ont du mal à se faire entendre et accepter. L’université dans laquelle Monique étudie la politique est l’Université d’Etat de Californie à Fresno. C’est le lieu de nombreux débats entre étudiants partisans de Donald Trump et étudiants de gauche. Monique raconte les manifestations de supporters républicains : “un vacarme monstre dans les couloirs, des étudiants enragés, pancartes en main, qui hurlent des slogans comme “Make America great again”.
Monique est engagée au sein de son campus où elle diffuse ses idées de manière hebdomadaire à la radio universitaire. Connue pour ses opinions marquées, elle a souvent subi des intimidations de la part d’étudiants ne partageant pas ses avis.
"Une fois après les cours, j’ai retrouvé ma voiture rayée à la clé, avec l’inscription "Marxist Bitch"."
Monique est consciente de la situation. Etudiante aux Pays-Bas, elle rêve d’une Amérique aux valeurs de l’Europe. Pour les socialistes des Etats-Unis, il reste quelques étapes à franchir avant que leurs idées, plus humaines selon Monique, ne voient le jour au niveau politique.
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