Juste la fin du monde

– Pourquoi tu fumes toujours dehors ?
– Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Je t’ai rencontré ce jour-là. Ce n’était pas vraiment de la fumée de cigarette qui s’échappait de ta bouche. Il faisait juste froid dehors, il neigeait. Je me souviens des frissons sur ma peau quand j’ai croisé tes yeux. Panaché de continents entourés d’un océan. Deux petites tâches brunes sur le droit. Il neigeait ce jour là. C’était un lundi. Il aurait pu être comme tous les autres, mais ce lundi a tout changé pour moi.

Tu as d’abord pris mon cœur. Puis mon cou. Et puis tu as tout détruit.

Ne nous emballons pas, même si mon cœur s’était emballé ce jour là. Il s’emballe, il s’emmêle puis un jour il ne devint qu’un nœud au fond de ma gorge. Je t’ai rencontré ce jour-là, j’avais peur de ne plus jamais te revoir. Je me souviens du sourire que tu me faisais, j’avais l’impression que rien ne pourrait plus jamais me détruire. On était jeune, et pas encore con.

Je ne me souviens plus des nuits où l’on dansait sous les étoiles. J’ai oublié le parfum que ça a, d’être aimée. C’est peut être pour ça que je ne m’y aventure plus. Amertume des nuits blanches sur un bateau à la dérive.

Il ne pleuvait pas ce jour là, il n’a d’ailleurs jamais plu pour toi. Sans doute parce que je t’avais donné mon corps comme parapluie. Et comme paratonnerre. Mais il faisait beau tout de même. On avait gravi des sommets. A 15 ans tu rêves de l’Everest sans penser qu’à force d’avancer, tu y perds ton oxygène. Un décor en noir et blanc, vaste étendue de neige et une petite tâche sombre au centre. Je venais de laisser mon cœur gelé sur le parcours.

– Pourquoi tu fumes toujours dehors ?
– Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

C’est sur ces phrases que j’ai décidé un jour de t’oublier. Un roman anglais qui débutait sur une belle histoire, qui redonnait un peu d’espoir. Avant de comprendre que sur ces pages étaient gravés mes nouveaux cauchemars. Dans ces cauchemars tu détruisais tout, une nouvelle fois. J’aurai aimé que tu soignes mes maux, et que tu soignes mes mots. J’ai cette plaie au fond de moi qui n’arrive pas à cicatriser.

Douleur étouffée. Ne te demande jamais par qui. J’aurai aimé que tu secoues ma vie différemment. Réveil trop tôt et café froid. J’ai pas eu le temps de m’adapter, c’est tombé d’un coup. Boum, surprise. Tu sens les larmes qui viennent et tu fermes ta gueule. Ces derniers mots m’étaient adressés, mais tu te doutes que j’aimerai te les offrir aussi.

Le plus beau dans tout ça, c’est que jamais tu ne liras ces mots. Et au fond ça me rassure un peu. J’ai beau vouloir partir, quelques fois j’ai peur de décoller. Je suis restée trop longtemps avec toi dans cet aéroport, seule, où les fenêtres étaient verrouillées à double tour.

Juste la fin du monde. Étrange comme fin. On était seul dans ce cinéma que je ne connaissais pas. A l’écran il y avait mon acteur préféré. Derrière la caméra, mon réalisateur préféré. Et à côté de moi, mon garçon préféré. Et pourtant je savais que dans quelques heures ce serait la fin. Juste la fin. Du monde. De tout. Tout s’est arrêté après ça. Je ne sentais plus le parfum des fleurs, j’avais oublié le goût du chocolat noir, et j’étais devenue imperméable aux gouttes de pluie. J’étais rentrée ensuite, sans jamais qu’il n’y ai eu de suite.

Triste final, on commence par se promettre de compter les étoiles, et on s’éloigne sur Juste la fin du monde.

– Pourquoi tu fumes toujours dehors ?
– Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Non, je fume pour oublier ce soir où je t’ai rencontré. Mais je ne crois pas que je pourrais oublier cette douce nuit d’hiver, où il neigeait, et où je t’avais vu pour la première fois.

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