L’ambiance est à la fête en cuisine, dans les locaux de l’association Praxis, à Londres. Vernal, Sean et Arbi surveillent la cuisson des pâtes tout en échangeant sur les dernières actualités. Un vendredi sur deux, des cooking sessions à destination des réfugiés seniors sont organisées par Praxis, en collaboration avec le NHS (National Health Service).
Ce vendredi, Arbi est chargé de la cuisine pour le groupe des seniors Giants. Avec Vernal et Dan, respectivement originaires de Jamaïque et du Vietnam, ils préparent des pâtes aux tomates séchées, accompagnées de maquereaux frais du marché.
Au fond d’un long couloir, dans une salle en contrebas, des hommes attendent le repas de Arbi assis en cercle autour d’une table. Carlton, le doyen, fredonne une mélodie de fête. Vernal apporte le poisson et les pâtes et Dan s’occupe de servir. Deux thérapeutes du NHS se joignent au groupe. Ils sont là pour écouter chacun des membres des Giants, autour d’un repas. L’association, qui vient en aide aux réfugiés, prime “la solidarité, l'inclusion, le respect et la soif de justice”. Une session de thérapie autour de la cuisine, un moment pour se reposer, échanger et partager.
Tauy, un homme au grand sourire et à la veste verte me raconte qu’il vient dès qu’il en a l’occasion de venir. Originaire d’Allemagne et Biélorussie, il est né dans un goulag de l'Union soviétique dans la région de Kolyma, située dans l’Est de la Russie. Lorsqu’il quitte l’Ukraine après la mort de sa mère, Tauy se retrouve sans patrie ni pays. À 50 ans, il erre à travers l’Europe en quête d’asile. C’est seulement en 2002 qu’il atteint l’Angleterre.
“Depuis 20 ans, j’attends d’obtenir la nationalité anglaise. Au début, ici, j’ai obtenu le statut “pour cause d'apatridie”, comme une permission de rester. C’est en 2013 que j’ai obtenu un permis de séjour et cette année, en avril, je serai normalement éligible à la citoyenneté anglaise.”
Il mange à part, puis discute avec les autres. Chacun semble heureux de retrouver les autres. La pièce sent le poisson tendre et les tomates séchées. Il fait bon vivre pour un mois de mars, juste après l’orage.
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